mercredi 20 septembre 2023

90, Rue Ruiz de Padrón, à Barcelone.



J' ai aimé Barcelone pour ce balcon 
de la Calle Ruiz de Padrón, pour le
Tibidabo à portée de main, empourpré 
de lumières, j' ai aimé Barcelone pour 
les stands de disquaires dans les couloirs 
du métro,

Mais c' était surtout ce balcon,
ce balcon accroché à ses étoiles,
comme un satellite !
Toi, intense beauté, furieuse 
présence d' amour furieux, 
tu étais toute la nuit, et la 
nuit suivante aussi, et le
soir d' après encore. Tu 
étais là, chamane, au loin, 
auprès de moi, moi solitaire, sur 
ce balcon de la Calle 
Ruiz de Padrón, à Barcelone.  

J' aimais Barcelone, j' aimais
les taxis jaunes et noirs
à la sortie de la Estacion de Francia,
j' aimais le Corte Inglés et la
Plaza Real, j' aimais les bars,
les paquets de Celtas et entendre
les filles rire et parler Espagnol 
dans la rue, j' aimais les chicles,
les cinémas de quartier et
les altramuzes, mais par-dessus tout, 
au sortir du métro, j' aimais traverser 
les six voies de la Méridiana, 
remonter à pied la Calle Navas de Tolosa, 
avec ses vitrines, ses voitures et
ses passants (et puis le jardin public,
tout en haut, Plaza Maragall),
puis tourner à gauche, et
remonter la rue jusqu' au 
numéro 90, et ce balcon du quatrième
étage, le balcon de Barcelone.  

Celle qui nous accueillait
là-bas, chaque été, est morte,
l' appartement est vendu,
j' ai 63 ans, 11 petits-enfants,
la Calle Ruiz de Padrón
s' appelle désormais Carrer 
Ruiz de Padrón, mais que ne
donnerais-je pas pour te 
rejoindre, pour une heure 
ou un soir, là-haut, toi, mon
étrangère, ma Française de 
Barcelone.


mardi 28 février 2023

Merci à mon égérie électrique.





Merci à mon égérie électrique,
merci à sa peau de diamant optique, 
brute comme un train de prières
entré en collision avec la respiration
des légendes.

Merci à mon égérie électrique,
à sa soif d' amour et de nouveau,
à sa patience sur les quais du
Dimanche soir, quand la pluie
coule au fond des yeux.

Merci à mon égérie électrique,
reine de sang dans les cales
gelées du Titanic, fantôme oblique
qui danse sur les ponts de la
nuit à l' arc des éphémérides.



Soi sous soie. (Merci à mon égérie électrique III)





De la soie, c' est la peau qui fait du bien,
du cuivre rouge étendu et de la salive,
de la peau secrète, du regard qui
exhale le parfum d' une peau
aussi secrète qu' un regard.
Je trouve sans chercher,
l' offre ne correspond pas
à la demande, ce que je cherche
ne se demande pas - ça s' offre.
Et, oui, je l' accepte, sans sourciller.
Merci à mon égérie électrique. 

Le parfum pas cher.(Merci à mon égérie électrique II).





Porter un parfum pas cher, c' est pas grave.
Moi, c' est dans mes yeux que ça se voit,
je porte des boots de crocodile spatial, mes
satellites défaillants font déferler la musique
dans l' univers entier. Les petits hommes et
petites femmes vertes n' en croient pas leurs
oreilles (qu' ils ont en forme de citrouilles 
bleues spiralées).
Porter un parfum pas cher c' est comme se vêtir
de cuir et d' émeraudes, c' est dans mes yeux
que ça se voit, je suis rock n' roll jusqu' à l' extrêmité
de mes lobes d' oreille, jusqu' au bout du temps, 
jusqu' à m' en crever les rétines.
Merci à ma belle égérie électrique.

dimanche 26 février 2023

La pluie sur la peau.(Merci à mon égérie électrique I).




La pluie, la pluie qui inonde
ta chevelure comme un champ
chromatique.
La pluie au bout des tempes
pour empêcher les démons de surgir,
la pluie qui bat, qui bat sa coulpe
pour te dévorer le bout du coeur.
La pluie, et rien d' autre
pour laver les blessures
et la foudre, la pluie sur mes
pieds sanglants. Merci à la
pluie et aux paupières salines
de mon égérie électrique. 

mardi 21 février 2023

Les couronnes de papier.




Comme des enfants avec des 
couronnes de papier,
les rois de notre propre réalité,
une poignée de trèfles à 
quatre feuilles jetés par dessus 
nos épaules dans le but 
d' épouvanter la mort à jamais. 
Nos têtes brûlent, nos têtes
brûlent ! Les bras fulgurants
des déesses thermiques s' enroulent 
autour de nos impostures 
et de nos gestes en sacrés et
profonds sortilèges. 
Ignition !

dimanche 19 février 2023

Problématique des horloges .

L' heure n' était pas l' heure
de la blessure ni celle des boucliers,
ni celle de l' emphase, il était l' heure
des planètes qui brûlent vives 
dans les maisons de verre du midi, 
des crânes de pluie mangés 
par l' ombre rousse des briques.
Le cheval de labour savait de quelle
manière l' heure tourne autour 
de l' eau Et le coureur cycliste 
aussi Et le tournevis lui aussi
quand il s' échappe vers la lune de
noyer dressée sur la nappe du
banquet de mariage. Et sur les
uniformes, le plomb des médailles
et des linceuls souriait aux
généraux perdus dans la poussière,
tard le soir. L' heure était un avatar,
les horloges se tenaient assises 
sur l' escalier du soleil couchant,
prêtes à sauter dans l' abîme de
l' évanescence.


jeudi 9 février 2023

La maison des fous.

J' aurais aimé travailler
dans une librairie pour fous.
On y vendrait des livres 
avec d' énormes fautes 
d' orthographe, et aussi 
des livres en poudre, 
et des livres invisibles,
des roses, des verts et des
géants, aussi grands que les
immeubles de Wall Street. 
Autant de livres que de
fous ! Si je travaillais dans 
un tel endroit, je n' aurais
qu' une crainte. Ce serait 
celle que les bourgeois 
découvrent le lieu. Ils
s' ennuient tellement,
avec leurs petites poches
bourrées d' argent ! Ils 
envahiraient aussitôt 
l' endroit pour se divertir, 
et ce serait la fin de notre
établissement. Nous sommes
là pour les fous - pas pour
les demeurés.



jeudi 19 janvier 2023

La blessure avant le couteau.

La voilà
la blessure avant le couteau
écriture sale sur papier noir
La voilà 
cette blessure,
ouverte comme une fleur
dont la fragrance 
m' a promis la plus sombre 
ivresse.

C' est ton nom 
ténébreux et clair,
posé au plus pur 
de mon front

La voilà
la blessure avant le couteau
dragon à genoux devant l' Ange
La voilà Reine 
aux pieds nus la voilà
dansant 
sur une portée silencieuse
dansant sur mon coeur
trop silencieux

La voilà
la blessure avant le couteau
c' est ton nom,
c'est ton nom
léger et tranchant
posé au plus doux
de mon front

lundi 9 janvier 2023

La couleur de ton temps

Savoir enfin ...
de quelle couleur était ton temps
et à quelle horloge tu choisissais
ton balancement.

J' envahirai ta lumière
comme un voyou un monte en l' air
Je dépouillerai ton mystère
tes miroirs tes univers
Je quitterai ma tanière
pour franchir ta frontière

De quelle couleur était ton temps
et à quelle horloge tu choisissais
ton balancement.

Je deviendrai ton passe-temps
ton regret lancinant
J' augmenterai lentement
jusqu' à devenir ton géant
J' aurais été ton amant
dans un passé différent

De quelle couleur était ton temps
et à quelle horloge tu choisissais
ton balancement.

J' obscurcirai ta rivière
tel un immense vaisseau de guerre
J' abolirai tes chimères
et tes belles manières
Je piègerai ton présent
me voilà ton revenant

De quelle couleur était ton temps
et à quelle horloge tu choisissais
ton balancement.

lundi 2 janvier 2023

Un avis sur le monde.

Il y a bien longtemps,
lorsque j' étais enfant,
je pensais que le monde
était fait à ma mesure :
simple, juste et divertissant. 
Puis, en prenant de l' âge, 
je me suis aperçu qu' en
fait il était âpre et violent,
imprévisible, tourmenté. 
Il était devenu monstrueux.

Je ne suis pas encore vieux,
mais ma jeunesse est
déjà bien loin de moi,
et j' ai encore changé
d' avis à propos de 
ce qu' est le monde :
je pense aujourd' hui
qu' il n' est pas différent
de ce qu' est notre coeur, 
à la fois fou et décrépit, 
enfantin et beau, aussi 
terrible que merveilleux.