dimanche 16 juin 2024

La Fleur.



N' abandonne pas à son sort le parfum de la fleur !
C' est elle, la belle Dame, qui donne du sens à ta vie.  Sans elle, ton jardin n' aura plus de variété ni d' éclat,
plus d' arbres - que de l' écorce,
plus d' ombre mais de l' obscurité.
Je ne te parle pas d' une fleur parfaite,
mais d' une fleur bossue, capricieuse et parfumée.
Elle n' est pas en métal, elle est organique, vive, consciente, lumineuse et volontaire.
Elle se porte à la boutonnière, et tout le jardin tient au bout de sa tige. 

On l' appelle la Démocratie.


France, 14 Juin 2024.

mercredi 20 septembre 2023

90, Rue Ruiz de Padrón, à Barcelone.



J' ai aimé Barcelone pour ce balcon 
de la Calle Ruiz de Padrón, pour le
Tibidabo à portée de main, empourpré 
de lumières, j' ai aimé Barcelone pour 
les stands de disquaires dans les couloirs 
du métro,

Mais c' était surtout ce balcon,
ce balcon accroché à ses étoiles,
comme un satellite !
Toi, intense beauté, furieuse 
présence d' amour furieux, 
tu étais toute la nuit, et la 
nuit suivante aussi, et le
soir d' après encore. Tu 
étais là, chamane, au loin, 
auprès de moi, moi solitaire, sur 
ce balcon de la Calle 
Ruiz de Padrón, à Barcelone.  

J' aimais Barcelone, j' aimais
les taxis jaunes et noirs
à la sortie de la Estacion de Francia,
j' aimais le Corte Inglés et la
Plaza Real, j' aimais les bars,
les paquets de Celtas et entendre
les filles rire et parler Espagnol 
dans la rue, j' aimais les chicles,
les cinémas de quartier et
les altramuzes, mais par-dessus tout, 
au sortir du métro, j' aimais traverser 
les six voies de la Méridiana, 
remonter à pied la Calle Navas de Tolosa, 
avec ses vitrines, ses voitures et
ses passants (et puis le jardin public,
tout en haut, Plaza Maragall),
puis tourner à gauche, et
remonter la rue jusqu' au 
numéro 90, et ce balcon du quatrième
étage, le balcon de Barcelone.  

Celle qui nous accueillait
là-bas, chaque été, est morte,
l' appartement est vendu,
j' ai 63 ans, 11 petits-enfants,
la Calle Ruiz de Padrón
s' appelle désormais Carrer 
Ruiz de Padrón, mais que ne
donnerais-je pas pour te 
rejoindre, pour une heure 
ou un soir, là-haut, toi, mon
étrangère, ma Française de 
Barcelone.


mardi 28 février 2023

Merci à mon égérie électrique.





Merci à mon égérie électrique,
merci à sa peau de diamant optique, 
brute comme un train de prières
entré en collision avec la respiration
des légendes.

Merci à mon égérie électrique,
à sa soif d' amour et de nouveau,
à sa patience sur les quais du
Dimanche soir, quand la pluie
coule au fond des yeux.

Merci à mon égérie électrique,
reine de sang dans les cales
gelées du Titanic, fantôme oblique
qui danse sur les ponts de la
nuit à l' arc des éphémérides.



Soi sous soie. (Merci à mon égérie électrique III)





De la soie, c' est la peau qui fait du bien,
du cuivre rouge étendu et de la salive,
de la peau secrète, du regard qui
exhale le parfum d' une peau
aussi secrète qu' un regard.
Je trouve sans chercher,
l' offre ne correspond pas
à la demande, ce que je cherche
ne se demande pas - ça s' offre.
Et, oui, je l' accepte, sans sourciller.
Merci à mon égérie électrique. 

Le parfum pas cher.(Merci à mon égérie électrique II).





Porter un parfum pas cher, c' est pas grave.
Moi, c' est dans mes yeux que ça se voit,
je porte des boots de crocodile spatial, mes
satellites défaillants font déferler la musique
dans l' univers entier. Les petits hommes et
petites femmes vertes n' en croient pas leurs
oreilles (qu' ils ont en forme de citrouilles 
bleues spiralées).
Porter un parfum pas cher c' est comme se vêtir
de cuir et d' émeraudes, c' est dans mes yeux
que ça se voit, je suis rock n' roll jusqu' à l' extrêmité
de mes lobes d' oreille, jusqu' au bout du temps, 
jusqu' à m' en crever les rétines.
Merci à ma belle égérie électrique.

dimanche 26 février 2023

La pluie sur la peau.(Merci à mon égérie électrique I).




La pluie, la pluie qui inonde
ta chevelure comme un champ
chromatique.
La pluie au bout des tempes
pour empêcher les démons de surgir,
la pluie qui bat, qui bat sa coulpe
pour te dévorer le bout du coeur.
La pluie, et rien d' autre
pour laver les blessures
et la foudre, la pluie sur mes
pieds sanglants. Merci à la
pluie et aux paupières salines
de mon égérie électrique. 

mardi 21 février 2023

Les couronnes de papier.




Comme des enfants avec des 
couronnes de papier,
les rois de notre propre réalité,
une poignée de trèfles à 
quatre feuilles jetés par dessus 
nos épaules dans le but 
d' épouvanter la mort à jamais. 
Nos têtes brûlent, nos têtes
brûlent ! Les bras fulgurants
des déesses thermiques s' enroulent 
autour de nos impostures 
et de nos gestes en sacrés et
profonds sortilèges. 
Ignition !

dimanche 19 février 2023

Problématique des horloges .

L' heure n' était pas l' heure
de la blessure ni celle des boucliers,
ni celle de l' emphase, il était l' heure
des planètes qui brûlent vives 
dans les maisons de verre du midi, 
des crânes de pluie mangés 
par l' ombre rousse des briques.
Le cheval de labour savait de quelle
manière l' heure tourne autour 
de l' eau Et le coureur cycliste 
aussi Et le tournevis lui aussi
quand il s' échappe vers la lune de
noyer dressée sur la nappe du
banquet de mariage. Et sur les
uniformes, le plomb des médailles
et des linceuls souriait aux
généraux perdus dans la poussière,
tard le soir. L' heure était un avatar,
les horloges se tenaient assises 
sur l' escalier du soleil couchant,
prêtes à sauter dans l' abîme de
l' évanescence.


jeudi 9 février 2023

La maison des fous.

J' aurais aimé travailler
dans une librairie pour fous.
On y vendrait des livres 
avec d' énormes fautes 
d' orthographe, et aussi 
des livres en poudre, 
et des livres invisibles,
des roses, des verts et des
géants, aussi grands que les
immeubles de Wall Street. 
Autant de livres que de
fous ! Si je travaillais dans 
un tel endroit, je n' aurais
qu' une crainte. Ce serait 
celle que les bourgeois 
découvrent le lieu. Ils
s' ennuient tellement,
avec leurs petites poches
bourrées d' argent ! Ils 
envahiraient aussitôt 
l' endroit pour se divertir, 
et ce serait la fin de notre
établissement. Nous sommes
là pour les fous - pas pour
les demeurés.



jeudi 19 janvier 2023

La blessure avant le couteau.

La voilà
la blessure avant le couteau
écriture sale sur papier noir
La voilà 
cette blessure,
ouverte comme une fleur
dont la fragrance 
m' a promis la plus sombre 
ivresse.

C' est ton nom 
ténébreux et clair,
posé au plus pur 
de mon front

La voilà
la blessure avant le couteau
dragon à genoux devant l' Ange
La voilà Reine 
aux pieds nus la voilà
dansant 
sur une portée silencieuse
dansant sur mon coeur
trop silencieux

La voilà
la blessure avant le couteau
c' est ton nom,
c'est ton nom
léger et tranchant
posé au plus doux
de mon front

lundi 9 janvier 2023

La couleur de ton temps

Savoir enfin ...
de quelle couleur était ton temps
et à quelle horloge tu choisissais
ton balancement.

J' envahirai ta lumière
comme un voyou un monte en l' air
Je dépouillerai ton mystère
tes miroirs tes univers
Je quitterai ma tanière
pour franchir ta frontière

De quelle couleur était ton temps
et à quelle horloge tu choisissais
ton balancement.

Je deviendrai ton passe-temps
ton regret lancinant
J' augmenterai lentement
jusqu' à devenir ton géant
J' aurais été ton amant
dans un passé différent

De quelle couleur était ton temps
et à quelle horloge tu choisissais
ton balancement.

J' obscurcirai ta rivière
tel un immense vaisseau de guerre
J' abolirai tes chimères
et tes belles manières
Je piègerai ton présent
me voilà ton revenant

De quelle couleur était ton temps
et à quelle horloge tu choisissais
ton balancement.

lundi 2 janvier 2023

Un avis sur le monde.

Il y a bien longtemps,
lorsque j' étais enfant,
je pensais que le monde
était fait à ma mesure :
simple, juste et divertissant. 
Puis, en prenant de l' âge, 
je me suis aperçu qu' en
fait il était âpre et violent,
imprévisible, tourmenté. 
Il était devenu monstrueux.

Je ne suis pas encore vieux,
mais ma jeunesse est
déjà bien loin de moi,
et j' ai encore changé
d' avis à propos de 
ce qu' est le monde :
je pense aujourd' hui
qu' il n' est pas différent
de ce qu' est notre coeur, 
à la fois fou et décrépit, 
enfantin et beau, aussi 
terrible que merveilleux.

samedi 17 décembre 2022

Là où je suis.

Viens me chercher 
là où la nuit s' écaille
et se fracasse
où les lichens
s' enivrent du
parfum des
rivages morts

dans le rayonnement
absurde d' un soleil
qui ne s' impatiente
jamais

viens me chercher,
tu me consoleras
de cette peine qui 
me brûle jour et 
nuit, cette peine
qui n'a pas de nom
mais un simple et
insaisissable reflet 
dans l' œil d' un 
autre reflet

Et si tu ne me 
trouves pas là, plonge 
plus profond, plonge 
vers l' endroit où le  
temps a trouvé sa place,
- dans le vertige -
au fond , au fond 
du magnétisme,
là où le loup a 
laissé sa trace.

Tu pourras ainsi
me chercher pour
toujours, car je ne
ne suis nulle part
où tu puisses me
trouver. 

dimanche 4 décembre 2022

Fanfare et fracas.

Quelle fanfare soudaine
qui tinte et secoue
nos âmes en fer blanc !
Nous nous comportions 
comme  se comporte un 
écrivain fatigué, assoupi
sur le divan nauséabond 
du quotidien. Le fracas nous 
a fait bondir sur nos pieds. 
Il était temps, nous 
pensions être morts.

Quelle fanfare soudaine
qui tinte et secoue
nos âmes en fer blanc !
J' aime le Rock n' Roll et
les villes endormies sous 
la pluie, j' aime les 
icônes pnakotiques 
aux paupières de cuir noir
qui mordent dans le
dictionnaire de la 
réalité avec leurs pistils 
de sorcière. J' aime la
faconde des enragés,
et l' impossible oubli
des exilés. J' aime le
désordre du vent
dans mes cheveux.
Le fracas m' a réveillé.
Je ne savais plus vivre
debout. Je me suis levé. 
 

Le moment le plus dangereux.

Le désespoir est sournois, il chante 
et se soumet aux ordres. 

L' ordre, depuis longtemps, sait 
où le trouver et comment le flatter. 
L' ordre, depuis longtemps, sait
comment l' utiliser, le propager. 

Malheureusement la multitude s' est 
hissée à cheval sur le désespoir, 
et l' ombre de l' apocalypse s' est 
dessinée sur les carreaux de la cuisine. 

Le moment est dangereux, c' est 
le moment le plus dangereux de tous, 
celui où la multitude pose un même 
masque sur tous ses visages, celui
où l' ordre perd le contrôle du
                                                désespoir.

samedi 3 décembre 2022

Le rivage au ciel.

Quand le citadin lève les yeux,
il voit la mer.
Elle s' était échappée de son rêve,
il la retrouve à gronder entre deux
gratte-ciels.

Il parcourt la grève, nez en l' air,
il arpente  les rivages et les murs. 
Il a la mer au-dessus de lui, le ciel 
roule à n' en plus finir dans les vagues
nues.

lundi 28 novembre 2022

lundi 21 novembre 2022

Petite balade de la mort.


La mort se balade, la mort
se promène dans les champs,
une brin d' herbe entre les dents. 

La mort parcourt lentement
les boulevards, en sifflotant 
un air d' opéra entre ses dents.

La mort monte dans un train,
sait-on où elle se rend ,
une rose entre les dents ?

Elle arrive, elle arrive chez moi !!
Elle entre par la porte du jardin, 
avec une longue épine d' argent
entre les dents !

samedi 19 novembre 2022

L' Arbre.

Avez-vous vu l' arbre ? Avez-vous vu sa coiffe ?
C' est le Roi du vent, c' est le Voyageur qui vous
regarde manger vos fauteuils. Il est aussi grand
que le vent, aussi rapide.

Avez-vous écouté l' arbre dans sa mélodie ? 
Il a la bouche parfumée de ciel, des notes 
s' envolent de ses feuilles - ce sont les violons 
de l' humain. Écoutez, écoutez l' arbre, 
il vous sourie si vous l' approchez avec 
un piano dans l' oreille.

Avez-vous vu l' arbre ? Avez-vous vu sa coiffe ?
C' est le Roi du vent, c' est le Voyageur qui vous
accompagne sur le chemin.

Moi, je suis un caillou, une pierre au bord du chemin. 
J' explore l' écho du brin d' herbe. J' en vois passer
des gens malheureux, vissés dans leur propre ombre 
qui 
se dérobe sans cesse. Moi, je suis la robe du temps, celle 
qui habille les arbres et les bêtes, sans souffler mot.

C' est lui, le Roi du vent, qui souffle les mots
et la musique sur les humains. C' est lui,
le Roi du vent, il souffle le chemin sur nous.

Le Mirage.



Moi, je suis un mirage, une vapeur
qui se dissout au contact de ta main.
Je me dissous à nouveau quand tes yeux
commencent à briller, ma Reine.
Et je deviens encore autre chose,
un mouvement que je ne connais pas.

Et puis, là, au bout d' un long moment,
au moment où tu défais ta robe,
là je deviens vraiment moi,
pour un temps.

Puis, je redeviens mirage, vapeur,
faux-semblant, erreur dans le reflet.
Comme un cauchemar sans toi,
un cauchemar de brume et d' impasse,
les jambes ne portent pas de mirage.

Je me dirige sans direction, vers le fleuve.
Je croise les autres machines électriques. 
Marcher, bouger, parler, je prends la 
mesure des autres alliages. Des
micro-circuits s' adressent à moi,
et je ne comprends pas ce qu' ils veulent,
je suis vaporisé dans un espace sans toi,
je divague, je perds la breloque et
mange ma boussole.

Je ne suis rien d' autre que ça sans toi, 
un mirage, une vapeur, un cristal sans forme.